Eucharistie et adoration (conférence du 10/06/07)

Publié le par Chaumette

Par Monseigneur BLAQUART
 
 
Jésus-Christ a annoncé et vécu sa mort pour nous ; il est allé jusqu’au bout de l’amour, jusqu’à l’extrême, et l’adoration eucharistique est dans cet extrême. Le premier récit connu de l’eucharistie, de l’évènement fondateur de l’adoration, se trouve chez Saint Paul et a été lu aujourd’hui (Première lettre aux Corinthiens 11, 13-26). L’adoration est liée au mouvement d’amour de Jésus pour nous, et la réponse qui nous est demandée est de nous en nourrir, dans une manducation. L’adoration est comme un arrêt sur ce qui se passe pendant la Sainte Cène.
 
Elle est à rapprocher du discours sur le pain de Vie que l’on trouve en Jean 6, autre évènement fondateur. Dans l’eucharistie se trouve toute la personne du Christ, ses paroles, ses gestes, et outre sa mort et sa résurrection, la Trinité, le don de sa Vie. Car Il se fait reconnaître dans l’eucharistie : il bénit son Père, rompt le pain, le partage. Comme avec les disciples d’Emmaüs. Dans l’eucharistie, il continue à nous apparaître ressuscité.
 
L’eucharistie est un sacrement. Sacrement vient de sacramentum : serment de fidélité entre celui qui se donne et celui qui reçoit. C’est une alliance qui passe par un rite produisant des effets ; elle fait appel à la foi de l’homme et réclame sa participation active : le fait de communier nous rend témoins pour les autres. Le Saint Sacrement, c’est Jésus lui-même, toute sa personne. Les chrétiens qui communient deviennent à leur tour corps du Christ, dont Il est la tête. Nous devenons nous-mêmes sacrement, c’est-à-dire réalité de Dieu dans le monde. « Que la foi supplée ce qui manque à nos sens » prie l’Eglise dans le Tantum Ergo.
 
L’eucharistie nous décentre de nous-mêmes. Jésus nous invite à le reconnaître dans nos frères et notamment les plus pauvres, les plus blessés.
Observons l’évolution de Charles de Foucauld , disant d’abord : « Une seule messe offerte vaut mieux que toutes les œuvres que je pourrais faire ». Sept ans plus tard : « Vaut-il mieux séjourner au désert sans pouvoir célébrer la messe ? » Il ira jusqu’à renoncer à la messe tant qu’il ne recevra pas l’autorisation de la célébrer seul. C’est ce va-et-vient entre l’eucharistie et l’offrande de nous-mêmes aux autres qui fait notre vie chrétienne. La rencontre personnelle est un besoin. C’est le « Devenez ce que vous recevez » de St Augustin. En communiant avec le corps du Christ, nous ne faisons qu’un avec Lui qui se donne au monde, et en même temps, il nous donne la force pour vivre ce don.
 
« Dieu est là, le Bien-Aimé, notre Tout est là » disait Charles de Foucauld. « Dans la Sainte Eucharistie, Vous êtes tout entier, tout vivant, Jésus, aussi pleinement qu’à Nazareth ou avec vos apôtres ! » Donc présence aussi dense et réelle, et aussi intense dans son amour qu’avec ses parents ou ses disciples.
La première attitude de l’adoration est donc l’action de grâce pour les dons qui découlent de Pâques, de la résurrection, de l’eucharistie. L’eucharistie nous envoie à être eucharistie pour les autres : elle nous rend bons. Il est donc impossible d’aimer Dieu sans aimer les hommes. Dieu nous aime dans le Saint Sacrement pour que nous aimions nos frères.
 
Mais pour que nous nous aimions aussi nous-mêmes ; conscients de notre indignité propre… mais de notre indéfectible dignité d’Enfant de Dieu aimé jusqu’à la Croix. Nous reconnaître enfant de Dieu devant le Saint Sacrement nous plonge dans l’expérience de la fraternité ; l’eucharistie développe en nous cet amour du frère.
 
L’adoration est donc d’abord action de grâce ; elle est aussi ouverture au monde entier.
Elle est aussi une profonde communion avec Dieu : « Dans cette union intime, Dieu et l’âme sont comme deux morceaux de cire fondus ensemble… » nous dit le Curé d’Ars : « Dieu se donne à toi, tu peux l’emporter où tu veux, il est avec toi »
 
Cette communion profonde demande de l’écoute : ad – orare : prier vers…cela peut nous faire penser à l’oreille, même si ce n’est pas la même racine latine (auris). Jean-Paul II disait que dans la prière, il parlait, mais surtout… il écoutait.
 
« Pendant l’adoration, il convient d’aider les fidèles à recourir à la Sainte Ecriture » (Directoire sur la liturgie). Il peut être bon de relire la Passion ; ou le chapitre 6 de Saint Jean sur le Pain de Vie. Adorer, c’est se nourrir de ce pain de vie, dans une silencieuse manducation intérieure, faire corps avec Lui pour faire corps avec les autres.
Mais où est ce corps ? Est-il davantage dans l’ostensoir ou dans le tabernacle qu’en nous-mêmes ?
Voici la réponse de Ste Thérèse de l’Enfant Jésus : « Ce n’est pas pour rester dans le ciboire d’or que Jésus descend chaque jour du Ciel ; c’est afin de trouver un autre ciel qui lui est infiniment plus cher que le premier, le ciel de notre âme ». Il faut croire suffisamment à notre dignité d’enfant de Dieu, temple de l’esprit.
 
Vous avez la grande grâce, ici, de connaître l’adoration. Dieu ne peut pas ne pas entendre la prière de son Fils qui jaillit continuellement ici.
 
N’ayons pas peur de faire jaillir de nos coeurs de grands élans d’amour, d’entrer dans ce mouvement où, comme dit Ste Thérèse, on « donne amour pour amour ». Nous pouvons reprendre la prière d’abandon de Charles de Foucauld, par exemple, et même si les mots nous dépassent : Dieu nous donnera sa capacité !

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