Par le père Pierre PROTOT,
médecin, responsable de la commission éthique de la communauté de l'Emmanuel, diplômé de l'institut Jean-Paul II pour la famille
Conférence prononcée le 18 juin 2006 au Sacré Cœur de Bordeaux
à l’occasion de la fête du Saint Sacrement
Saint Jean nous dit, dans sa première épître : « Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que
nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de Vie, car la Vie s’est manifestée, nous l’avons vue, nous en rendons témoignage… »
Ce que nous avons contemplé, le verbe de Vie, la Vie elle-même s’est manifestée. Cette parole de St Jean peut s’appliquer à ce que vous vivez déjà : vous contemplez dans l’eucharistie le
verbe de Vie, la Vie qui se manifeste.
Mon propos aura 3 parties :
- Nous adorons la Vie
- La Vie nous transforme
- Elle transforme le monde
Nous adorons la Vie
Saint Jean disait : « La Vie s’est manifestée… » et Jésus lui-même : « Je suis le Pain de Vie » ; nous savons,
d’expérience, ce que nous contemplons : la Vie, l’auteur de la Vie – comme disent les Actes des Apôtres : « le Prince de la Vie » est devant vous . A l’heure où vous
adorez, vous êtes devant votre Créateur.
Je ferai un parallèle avec les questions de bioéthique : éthique de la vie, souci de la vie naissante, souci d’accompagnement de la vie finissante…
Quand Jean-Paul II nous parle - dans son encyclique de 1995 « Evangelium Vitae » de ce combat, de ce tournant culturel à vivre, dans les derniers numéros,
la quatrième partie de son encyclique, surtout écrite pour manifester le mal que représente l’avortement, sans jugement sur les personnes, et le mal que représente l’euthanasie, sans juger ni les
médecins ni les familles qui sont les premières demandeuses de ces fins de vie accélérées – il nous dit : « Vous êtes le peuple de la Vie, pour la Vie, et vous avez 3 choses à
faire : annoncer l’évangile de la Vie, célébrer l’évangile de la Vie, et servir l’évangile de la Vie ».
Comme adorateurs, vous êtes dans la 2nde dimension, celle de la célébration. Vous célébrez l’évangile de la Vie par cet acte liturgique, par cet acte de
prière dans le secret de vos cœurs. « Pour opérer ce tournant culturel dans l’ordre de la célébration de la Vie – nous dit encore Jean-Paul II – il est urgent, avant tout,
d’entretenir en nous et chez les autres un regard contemplatif. Ce regard naît de la foi dans le Dieu de la Vie qui a créé tout homme en le faisant comme un prodige (Ps 139). C’est le regard de
celui qui voit la vie dans sa profondeur, en la saisissant dans sa gratuité, sa beauté, son appel à la liberté et à la responsabilité. C’est le regard de celui qui ne prétend pas se faire le
maître de la réalité, mais qui l’accueille comme un don, découvrant en toute chose le reflet du Créateur, en toute personne son image vivante. Ce regard ne se laisse pas aller à manquer de
confiance devant celui qui est malade, marginalisé ou au seuil de la mort – mais il se laisse interpeller par toutes les situations. Pour aller à la recherche d’un sens et en ces occasions,
il est disposé à percevoir dans le visage de toute personne une invitation à la rencontre, au dialogue, à la solidarité, l’âme saisie d’un religieux émerveillement. Il est temps que nous ayons
tous ce regard pour être de nouveau en mesure de vénérer et d’honorer tout homme. »
De ce regard contemplatif posé sur l’eucharistie peut procéder tout regard contemplatif, tout regard d’admiration. Si on admire la création, on est ramené au
Créateur ; mais si on admire le Créateur, on peut reconnaître en Ses œuvres la beauté qu’Il a voulu y inscrire, et en particulier dans le sommet de Sa création qui est l’homme. Le petit
d’homme, fragile en ses commencements, l’homme en fin de vie, vulnérable, est tout aussi aimable que lorsqu’il aura ou avait sa force, sa vigueur, sa capacité à servir la société.
Donc, la Vie s’est manifestée, nous la contemplons, et c’est la première chose si nous voulons servir l’évangile de la Vie : avoir ce regard contemplatif pour
célébrer Dieu.
« Je suis le pain de Vie » : la réalité du pain évoque un besoin vital, une dépendance à la nourriture que Dieu a voulue ; nous ne
sommes pas capables, dans cette vie sur terre, de vivre sans manger. Même Marthe Robin se nourrissait de l’eucharistie : au moins de ça ! – même si c’est un miracle permanent. Jésus
nous dit ainsi : vous avez besoin de moi pour vivre. Cela signifie notre dépendance au Créateur ; et la puissance de vie que recèle l’eucharistie.
Un ami africain me racontait cette histoire d’une vieux sorcier, dans un village d’Afrique, faisant venir un missionnaire ; le missionnaire se met en route,
mais ignorant pourquoi on l’appelle, se pose des questions et s’inquiète… En fait, le grand sorcier sent la mort se rapprocher et lui demande son remède ; le missionnaire ne comprend pas…
« Si, le remède, quand tu fais ta prière, tu tiens quelque chose dans les mains, je veux ce remède-là ». Le missionnaire lui enjoint alors, pour ce faire, de renoncer à ses pratiques et
jeter ses idoles. Ce qui demandait réflexion… Il le fait revenir plus tard, consentant, prêt à lâcher pratiques et idoles… Il pressentait – ce sont des êtres plus spirituels que nous, moins noyés
dans le matérialisme – cette présence, cette puissance de Dieu.
Vous connaissez l’histoire de Thérèse Neumann, une mystique, qui possédait la grâce de distinguer la présence eucharistique. Rentrant un jour dans le bureau de son
Curé, elle lui dit : « Il y a Jésus dans cette pièce » ; le Curé proteste, et se moque d’elle. Thérèse lui indique pourtant une enveloppe sur son bureau : une hostie y
est enfermée…
Certains vivent pour nous la grâce de s’emplir de la présence de vie de l’eucharistie. Pour comprendre cette présence, je vous livre ce témoignage que j’aime
beaucoup, entendu lors d’un récent voyage aux Etats-Unis. J’y ai découvert la vie de St John Neumann, Rédemptoriste, saint de Philadelphie (en 1860) et qui a une particularité : il a été
l’instigateur – et l’instaurateur – des 40 heures… d’adoration eucharistique. Saint Antoine Zacharie avait lancé cela en Italie, et Saint John Neumann a donc fondé et développé ce culte
eucharistique aux Etats-Unis. Or, un homme allait mourir, atteint d’un cancer généralisé, et ayant entendu parler de St John Neumann, il s’allongeait toutes les semaines sur la tombe du saint qui
vénérait tant le Saint Sacrement… Et c’était comme une radiothérapie : par le rayonnement de la sainteté d’un saint qui avait aimé l’eucharistie, comme par redondance, par redoublement, le
Seigneur l’a guéri ; pour nous faire comprendre que, si un saint est capable par son rayonnement et la foi d’un homme qui accueille ce rayonnement, de guérir un cancer, combien plus
l’eucharistie a une puissance de vie pour nous guérir, pour nous sauver, nous illuminer, nous donner la force. Ce pain de Vie est bien source de Vie.
En adorant le Créateur qui se fait nourriture, l’homme apprend à respecter son œuvre. Cela peut nous aider à respecter nos parents, la vie, sa transmission ;
respecter les biens d’autrui, sa réputation. Si nous vivons dans l’adoration du Créateur, respectant ainsi les premiers commandements, nous ne serons pas étonnés, alors, de pouvoir nous ouvrir
aussi à la seconde table des Commandements, le respect de ses parents, de la vie (5ème commandement), respect de la femme ou du mari de son prochain. Il y a là quelque chose de
fondamental : le principe du respect de la vie en respectant l’auteur de la vie, en recevant sa source en nous.
Troisième élément après « la Vie s’est manifestée » et « Je suis le pain de Vie », voici en Jean 15 : « Il n’y a
pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » ou « pour ses amis » selon les traductions, qui vient donc après: « Je suis le pain de
Vie, c’est ma chair donnée pour la vie du monde » (Jean 6) . Nous est révélé ici le lien entre amour et vie.
Dans l’encyclique « Deux Caritas Est », Benoît XVI établit un lien entre amour et vie qui va nous aider – par rapport à ce qui se réalise dans
l’eucharistie – à contempler et offrir Jésus présent au Saint Sacrement de l’autel, au Père (c’est là tout ce que faisait sainte Marguerite-Marie). Benoît XVI y dit :
« L’amour est la véritable culture de vie ».
En contemplant l’eucharistie, nous sommes dans la véritable culture de vie. Quand on tue des embryons dans le ventre maternel, quand on les sélectionne
morphologiquement avant l’implantation ou la congélation, pour les donner à des couples qui souffrent de n’en avoir pas - car telle est leur vocation et la volonté de Dieu est contrariée par
cette nature encore imparfaite… Quand donc on trie les embryons comme si c’était des choses, qu’on les réduit à l’état de matériau biologique, on commet une faute grave : notre intention,
qui est d’aimer, donner la vie à des enfants, sauver notre couple… se distingue de notre acte qui, lui, n’est pas digne d’un acte d’amour. Pour supprimer ou éviter une souffrance, on supprime des
êtres qui sont déjà des individus humains et, comme nous le dit « le Don de la Vie » - document que le Cardinal Ratzinger a signé en 1987 quand il était Cardinal préfet pour la doctrine
de la foi - « Comment un individu humain ne serait-il pas une personne humaine ? »
Les plus grands drames sont nés de la distinction faite entre les êtres humains, dont certains étaient plus humains que
d’autres ! Les Juifs étaient moins humains… les Noirs… les femmes… les prolétaires… les embryons sont moins humains, et à l’autre bout, les malades d’Alzheimer sont moins humains, les
handicapés mentaux…On fait le tri de ceux qui méritent la dignité humaine, et c’est nous qui opérons ce tri. Si l’on regarde les génomes, ils sont, eux, tous égaux, le génome d’un
humain.
La véritable culture de vie est une culture de l’amour qui préfère donner sa vie pour celui qui est petit, qui me dérange et qui est là, présence d’une personne
déjà humaine, en devenir et non pas « potentiellement », ou peut-être grabataire, ayant peut-être perdu la raison… L’accompagner, souffrir avec elle, c’est là la vraie compassion :
non pas supprimer la personne qui souffre, mais souffrir avec elle.
Jésus nous dit qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie. Quand nous le contemplons dans l’eucharistie, nous entrons dans la véritable culture de vie
et apprenons de Jésus comment aimer.
Dans « Deus Caritas Est », Benoît XVI parle d’un mouvement ascendant, le désir de beauté, de perfection, d’accomplissement de soi, c’est l’eros
qui monte en nous ; et l’autre mouvement, descendant, celui-là : je ne me cherche plus moi-même, mais par amour de l’autre, je vais me sacrifier afin que l’autre prenne la première
place. Ces deux mouvements doivent se rejoindre, mais le premier, l’eros, doit être purifié, guéri, transformé, justement par la grâce. L’adoration peut nous aider à intégrer ces deux dimensions
de l’amour humain et faire de tout ce que nous vivons un véritable don d’amour pour nos frères, nos époux, nos épouses, …
Jean-Paul II disait, à la première Fête-Dieu qu'il ait vécu en tant que pape :
«Dans le silence de l'hostie blanche portée dans l'ostensoir, il y a toutes Ses paroles, toute Sa vie, donnée, offerte au Père pour chacun de nous. Il y a aussi la
gloire de Son corps glorifié commencée avec la Résurrection et qui dure toujours dans l'union céleste»
C'est pourquoi le Saint Sacrement est également appelé par le chatéchisme et les papes, le sacrement de l'amour : il est
l'école de l'amour véritable.
La Vie transforme notre propre vie
« Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi »
De son sein couleront des fleuves de vie, des fleuves d’eau vive… D’abord pour nous. C’est bien sûr très beau d’aller adorer pour
les autres, mais suis-je prêt à accueillir l’amour de Dieu, pour moi personnellement, dans un temps de cœur à cœur ?
Nous y allons d’abord pour recevoir ce fleuve de vie pour nous… Dans l’adoration, la vie divine grandit en nous. Jésus nous aime en ce moment où nous nous tenons
devant Lui. C’est ce que dit mère Teresa :
« Quand vous regardez la sainte hostie, vous comprenez combien Jésus vous aime en ce moment ; lorsque vous regardez un crucifix dans vos maisons, vous
comprenez combien Jésus vous a aimés voici deux mille ans » Combien il vous donne sa vie, ses fleuves d’eau vive, son Esprit Saint pour prendre les bonnes décisions en ce
moment…
Jean-Paul II renchérit dans l’encyclique « Ecclesia de Eucharistia » :
« Il faut en outre demeurer longuement en adoration devant le très Saint Sacrement, expérience que je fais moi-même chaque jour, y retirant force,
consolation ou soutien »
Il y a aussi des jours où rien ne se passe et pourtant Dieu agit… C’est dans la fidélité que l’on peut se rendre compte, avec le temps, du chemin parcouru.
Rappelons-nous Ezechiel 47 : le voyant est amené au bord du fleuve Kebar, il n’y a rien alentour, il se retourne… et les arbres fruitiers ont poussé, toutes sortes d’arbres fruitiers… Ne
jugeons pas trop vite l’action de Seigneur, pour Lui, mille ans sont comme un jour… même si pour nous, un jour dure parfois mille ans !
Que fait Jésus en nous ? Il nous aime en ce moment, il augmente la vie divine en nous, il nous transforme. Ecole eucharistique de l’amour… Jean-Paul II a eu
cette formule : il faut aussi que ce soit une école eucharistique de la liberté puisque la vie donnée procède d’une liberté qui se donne : « Ma vie, nul ne la prend, mais c’est
moi qui la donne »… « Au moment d’entrer librement dans sa passion ». Dans l’eucharistie, il y a l’acte de liberté, de volonté de Jésus qui fait la volonté du Père et se livre
à nos regards.
Benoît XVI, à Cologne, expliquait le sens de l’adoration des mages : « L’adoration a deux sens, correspondant à ses deux étymologies : le mot
grec est proskinesi qui signifie le geste de la soumission, la reconnaissance de Dieu comme notre vraie mesure dont nous acceptons de suivre la règle. Il signifie que liberté ne veut pas
dire jouir de la vie, se croire absolument autonome, mais s’orienter selon la mesure de la vérité et du bien pour devenir de cette façon, nous aussi, vrais et bons. Cette attitude est nécessaire
même si, dans un premier temps, notre soif de liberté résiste à une telle perspective. Il ne sera possible de la faire totalement nôtre que dans le second pas que la dernière Cène nous entrouvre…
Le mot latin pour adoration est « ad oratio » : contact, bouche à bouche, baiser, accolade – et donc, en définitive : amour. La soumission devient union parce que Celui auquel
nous nous soumettons est Amour. Ainsi, la soumission prend un sens parce qu’elle ne nous impose rien d’étranger mais nous libère à partir du plus profond de notre être ». Islam veut
dire soumission, et l’adoration est dans cette première perspective. On est à l’école eucharistique de la liberté ; nous comprenons que faire la volonté de Dieu n’est pas une soumission,
mais une ouverture par l’amour, à mettre nos libertés en communion avec Dieu.
Ce fleuve, ce canal de vie, il faut prendre garde à ne pas le détourner, ne pas se l’approprier. A la veille de la Pentecôte, Benoît XVI parlait aux communautés
nouvelles : « Là où ne coule plus la vraie fontaine de la vie, là où l’on s’approprie seulement cette vie au lieu de la donner, là alors, la vie des autres est en danger ; là,
on est porté à exclure la vie non encore née, parce que cela semble enlever l’espace à sa propre vie. Si nous voulons protéger la vie, nous devons surtout retrouver la fontaine de la vie. Alors
la vie elle-même doit reparaître dans toute sa beauté, sa sublimité, alors nous devons nous laisser vivifier par l’Esprit Saint, la source créative de la Vie. »
Le pape souligne que nous devons laisser courir ce fleuve et ne pas nous l’approprier. Nous acceptons, à l’école de l’eucharistie,
d’entrer dans l’offrande du Fils et de faire l’offrande de notre propre vie.
Ce ne sont pas d’abord nos efforts qui vont transformer notre vie, mais c’est Jésus qui va le faire en nous. Adorer, c’est laisser Jésus nous aimer avant que de Lui
répondre par notre propre amour. L’adoration nous fait entrer dans l’intimité du Christ ; ce sont Sa vie, Ses sentiments qui deviennent peu à peu les nôtres.
La Vie transforme le monde
Mais bien sûr, on n’adore pas que pour soi : on adore aussi pour sauver le monde.
Pour les 750 ans de la Fête-Dieu (née à Liège au XIIIème siècle) Jean-Paul II disait : « La proximité avec le Christ dans le silence de la
contemplation n’éloigne pas de nos contemporains, mais au contraire, elle nous rend attentifs aux joies et aux détresses des hommes. Elle élargit nos cœurs aux dimensions du monde. Elle nous rend
solidaires de nos frères, particulièrement des plus petits qui sont les bien-aimés du Seigneur. Par l’adoration, le chrétien contribue mystérieusement à la transformation radicale du monde et à
la germination de l’Evangile. Toute personne qui prie le Sauveur entraîne à sa suite le monde entier et l’élève à Dieu »
Nous n’attirons donc pas seulement nous-mêmes, notre famille, mais le monde entier. C’est Jean-Paul II lui-même qui le dit, qui est, je crois, un saint ! Ceux
qui se tiennent devant le Seigneur remplissent donc un éminent service : croyez à votre vocation d’adorateur. Vous présentez au Christ tous ceux qui ne le connaissent pas ou sont loin de
Lui. Vous veillez devant Lui en leur nom.
« Ils regarderont Celui qu’ils ont transpercé » : nous entrons dans une dimension de réparation. Dans l’adoration, nous réparons, en rendant
amour pour amour toutes les désobéissances, tous les péchés du monde, en disant : merci, Seigneur, de nous avoir sauvés ; merci, Seigneur, de nous avoir renouvelés dans la vie ;
merci, Seigneur, après la mort et le péché, après la mort comme conséquence du péché, de nous rendre la vie par le pardon, par Ton sang versé.
A Houston, en septembre 2005, il y avait des cyclones ; après Katrina, c’était Rita, un cyclone de force 5, maximale, qui menaçait en allant droit sur Houston,
4 millions d’habitants. Vous savez ce qui s’est passé : Houston a été épargné car, au dernier moment, le cyclone a dévié sa route de quelques kilomètres… Or à Houston, et je l’ai découvert
en y allant, dans 60 paroisses catholiques sur 100, il y a l’adoration eucharistique perpétuelle… Les Américains, ce n’est pas que l’Irak ! Les chrétiens de Houston et moi, voyions là un
rapport évident entre la prière des adorateurs d’une ville et la protection imprévue scientifiquement de leur cité. Nous sommes là pour nous… et pour le monde.
Lorsque j’étais en Afrique, en tant que missionnaire laïc (pas encore entré au séminaire) on m’a confié un hôpital de brousse, à Bumkeya, dans le fond du
Congo-Zaïre. On m’a copieusement prévenu que ce serait une galère, avec persécution de chrétiens : le chef du village, ex-ministre de l’Intérieur, avait rabattu tout son pouvoir sur ce petit
village, instauré des cliniques de guérisseurs traditionnels et celui qui voulait se faire soigner à l’hôpital tenu par les Sœurs était persécuté, empoisonné… Quand nous avons confié le dossier à
la Fidesco (Communauté de l’Emmanuel)… nous avons adoré…. et six mois plus tard, pour mon arrivée, la clinique de guérisseurs avait disparu !
A Lubumbashi (toujours au Congo) : nous étions trois ou quatre jeunes, sans expérience encore d’évangélisation. Quelques parents nous demandent de faire
quelque chose pour leurs enfants en voie de perdition. Nous avions vu faire des missions par nos écoles d’évangélisation. Et comme nous adorions tous les jours, nous avons porté ce projet dans
l’adoration… Il s’est – fort bien – réalisé : 200 jeunes qui venaient tous les jours et beaucoup se sont confessés pour la première fois. Ils sont devenus missionnaires à leur tour. On nous
a alors demandé d’aller au campus ; le campus universitaire était le royaume des protestants qui y étaient fréquemment en mission . Les catholiques, eux, n’y avaient jamais fait de missions
d’envergure.
Nous y instaurons notre petite mission, d’abord fondée dans l’adoration. Les protestants arrivent à réunir 100, 200 personnes ; nous en avions 800, et à la
fin, jusqu’à 1300 étudiants… Les protestants nous demandaient la recette ! C’est le fruit de l’adoration, nous le savions, en étions convaincus.
Croyons à cette puissance du cœur de Jésus dans l’eucharistie, qui donne la vie au monde. Voici encore ce qu’en dit Jean-Paul II : « Aujourd’hui
encore, en tournant le regard vers Celui qui a été transpercé, tout homme menacé dans son existence trouve la ferme espérance d’obtenir sa libération et sa rédemption »
C’est vrai pour soi, et c’est vrai pour les autres. Reprenons toujours ce thème du Vendredi Saint : le voile du sanctuaire se
déchire par le milieu, c’est le symbole d’un grand bouleversement, d’une lutte effroyable entre les forces du bien et les forces du mal, entre la vie et la mort. Nous aussi, aujourd’hui, nous
trouvons au milieu d’une lutte dramatique entre la culture de mort et la culture de vie. Mais la splendeur de la Croix n’est pas voilée par cette obscurité.
La Croix – le Saint Sacrement qui rend présent le sacrifice de la Croix – se détache encore plus nettement, et elle apparaît – le Saint Sacrement apparaît – comme
le centre, le sens et la fin de toute histoire et de toute vie humaine. Tout est là. Le TRESOR est là. Ce sang du Christ qui révèle la grandeur du Père manifeste que l’homme est précieux aux yeux
de Dieu et que sa vie est inestimable. Quelle valeur doit avoir l’homme aux yeux du Créateur s’il a mérité un si grand rédempteur, si Dieu a donné son Fils unique afin que l’homme ne se perde
pas ! En la présence du Saint Sacrement, nous avons le principe du salut universel, puisque c’est Jésus lui-même, en son mystère de salut, le mystère de la Croix, qui nous est donné.
« Tous les maux du monde peuvent être vaincus à travers le grand pouvoir de l’adoration eucharistique » nous dit aussi Jean-Paul II.. Tous les
maux du monde… J’ai évoqué des réalités de conversion de jeunes, de cyclones, de purification de la culture africaine où j’étais…
S’il fallait conclure, je le ferais par ce petit témoignage reçu la semaine dernière en allant célébrer les 40 ans de mariage d’un couple. Lui, travaille chez les
sœurs de mère Teresa, entre autres. Il nous disait que la sœur responsable de la petite communauté de trois qui s’occupe, dans Bruxelles, des plus pauvres, est une miraculée… Elle était en
Afrique où elle a attrapé la malaria, trop tard dépistée : elle est tombée dans le coma. Humainement, il n’y avait plus d’espoir. Les sœurs – qui ont la foi ! – sont allées chercher le
Curé, venu en compagnie… du Saint Sacrement, qu’il a exposé… La sœur est sortie du coma.
La chose la plus importante : croyez à votre vocation d’adorateur, qu’à travers votre fidélité, votre prière, la vie du monde va être transformée, votre vie
personnelle va être transformée… Parce que vous croirez que c’est Lui qui est là devant vous, et qu’Il a le pouvoir de donner la Vie à tout homme. Amen.